Les unions monétaires dans l'histoire

Ce chapitre a été adapté, avec sa permission, de
The EMU : Forerunners and Durability
de Robert F. Graboyes
(Federal Reserve Bank de Richmond, Economic Review de juillet/août 1990)


Pour une politique monétaire et économique conjointe

Dans le passé, plusieurs tentatives d'unions monétaires ont été entreprises, et leur succès ou leur échec peuvent nous donner des indications précieuses sur la structure et le fonctionnement optimaux du nouvel Euro.

Dans une union monétaire qui fonctionne correctement avec une libre convertibilité, deux pays ou plus conviennent de gérer conjointement leur politique monétaire et économique. Les trois conditions minimales d'une telle politique sont les suivantes :

  • Une monnaie effective
  • Un seul taux de change effectif
  • Une seule politique monétaire

    Retour Menu


  • Une monnaie effective : Il doit y avoir soit une monnaie unique, ce qui est préférable, soit plusieurs monnaies, mutuellement, pleinement et durablement convertibles à des taux de changes irrévocablement fixés (par exemple, 1,00 DM pour 3,40 FF), ce qui les fait par conséquent se comporter comme une monnaie unique.

    Retour conditions


  • Un seul taux de change effectif : Il ne peut y avoir qu'un seul taux de change (et par conséquent une seule politique de taux de change) entre la monnaie de l'union et les monnaies extérieures. Par exemple, si la France et l'Allemagne utilisaient toutes deux l'Euro, la France ne pourrait pratiquer un taux de change de, par exemple, un Dollar US par Euro tandis que l'Allemagne pratiquerait un taux de change de, par exemple, deux Dollars US par Euro. Dans un tel scénario, la libre convertibilité donnerait la possibilité aux spéculateurs de réaliser des bénéfices illimités en achetant à la France ses Euros au prix d'un Dollar et en vendant ensuite ces Euros à l'Allemagne au prix de deux Dollars. Un tel procédé, si des contrôles des changes n'étaient pas imposés, entraînerait rapidement l'écroulement du système. Bien que ceci nous paraisse évident, l'absence d'un taux de change unique a été dans le passé à l'origine de l'échec de plusieurs unions monétaires.

    Retour conditions


  • Une seule politique monétaire : Les nations qui adhèrent à une union monétaire doivent renoncer à leur pouvoir unilatéral de mener une politique monétaire indépendante. Une politique monétaire consiste à contrôler la quantité d'argent, le taux d'inflation, les taux d'intérêt, ainsi que les taux de change vis-à-vis des monnaies extérieures, et ce, si nécessaire, par intervention sur les marchés étrangers. Idéalement, la politique monétaire doit être le fait d'une autorité monétaire unique. Le non-respect de ce critère a également, dans le passé, entraîné la disparition de plusieurs unions monétaires.

    Retour conditions


    Les Unions Monétaires dans l'Histoire

    Des unions monétaires rudimentaires existaient dans la Grèce Antique et dans l'Europe médiévale. Les plus récentes tentatives d'unions monétaires sont les suivantes :

    - A - Unions monétaires ayant échoué

    - B - Unions monétaires qui ont survécu


    - A -Unions monétaires ayant échoué

    1.
    Nouvelle-Angleterre Coloniale
    2. Union Monétaire Latine
    3. Union Monétaire Scandinave
    4. Zone Monétaire de l'Afrique Orientale

    Unions monétaires qui ont survécu
    Retour au Menu


    1. Nouvelle-Angleterre Coloniale

    Jusqu'aux alentours de 1750, une union monétaire existait dans les colonies de Nouvelle-Angleterre. Le papier-monnaie de chacune des quatre colonies (Connecticut, Massachusetts Bay, New Hampshire et Rhode Island) avait cours légal dans chacune des autres, même pour le paiement de l'impôt. L'union a perduré pendant presque cent ans et reposait sur la suprématie économique du Massachusetts. Finalement, les trois plus petites colonies se sont développées jusqu'à concurrencer cette suprématie et elles ont commencé à trop émettre de monnaie dans les années 1730 et 1740. La coopération monétaire régionale se détériora et, en 1751, le Massachusetts racheta son papier-monnaie, rétablit un étalon-argent, et cessa d'accepter le papier-monnaie des autres colonies.

    Retour Echecs


    2. Union Monétaire Latine

    Après l'adoption du Franc Français comme monnaie-étalon par la Belgique lors de son indépendance en 1830, la France, la Belgique et la Suisse (en 1848), l'Italie (en 1861), et plus tard la Grèce et la Bulgarie (en 1867), formèrent l'Union Monétaire Latine (à l'origine, une union monétaire bimétallique basée sur l'or et l'argent), parfois considérée comme le premier effort international sérieux pour réglementer les taux de change. L'Union fut instaurée officiellement en 1865 (en fait, comme de nombreux autres pays possédaient des pièces d'or d'une valeur similaire, il existait presque une union monétaire de facto, basée sur l'or, et qui incluait l'Allemagne et le Royaume-Uni). Dans l'Union Monétaire Latine, les pays membres pouvaient frapper des quantités illimitées de certaines pièces de l'Union faites d'or ou d'argent, dont toutes avaient cours à travers l'Union toute entière. Chaque pays pouvait frapper aussi une quantité limitée de pièces d'argent de plus faible valeur (monnaies divisionnaires), mais ces pièces n'avaient cours que dans le pays émetteur. Chaque pays émettait ses propres pièces, mais celles-ci (à savoir Franc Français, Franc Suisse, Lire Italienne, etc.) étaient de valeur équivalente, encore que soumises à une commission de change de 1.25 %. Les monnaies divisionnaires étaient de moindre aloi que les pièces de l'Union. Malgré la valeur intrinsèque inférieure de ces pièces, les services publics de chaque pays étaient toutefois tenus d'accepter jusqu'à 100 Francs sous la forme de monnaies divisionnaires des autres pays dans les transactions privées. C'est cette échappatoire qui a contribué à la destruction de l'Union.

    Le volume de la monnaie émise par l'Union devait être déterminé par le marché. Les banques centrales promirent d'échanger librement les pièces contre de l'or et de l'argent. Ce standard bimétallique commença rapidement à causer des tensions dans l'Union en obligeant les banques centrales à garantir que le rapport entre les prix de l'or et de l'argent (15,5 : 1) resterait fixe. Toutefois, les valeurs relatives de l'or et de l'argent étaient déterminées sur les marchés mondiaux, et l'Union Latine était trop petite pour influer sur les prix mondiaux. L'Union surévalua donc l'argent, que chaque membre tenta d'imposer aux autres, ce qui aboutit à la suspension de la convertibilité de l'argent et un retour de fait à l'étalon-or. Les pièces d'argent encore en circulation continuèrent, toutefois, d'avoir cours, et les monnaies divisionnaires se trouvèrent pratiquement dans la même situation. C'est à ce moment-là que les monnaies divisionnaires devinrent le principal problème de l'union. La Première Guerre Mondiale entraîna d'énormes besoins financiers et d'importantes tensions, et l'Union Latine cessa peu après d'exister dans la pratique, bien qu'elle perdurât encore en nom jusqu'à la fin des années 1920. Il a été dit que l'Union Latine avait décidé d'une monnaie commune sans avoir mis en place une politique monétaire commune. A l'inverse, on peut dire que l'Union Latine a décidé d'une politique monétaire commune, mais a laissé chaque banque centrale établir ses propres critères.

    Retour Echecs


    3. Union Monétaire Scandinave

    Dans les années 1870, la Suède, le Danemark et la Norvège constituèrent l'Union Monétaire Scandinave, dans laquelle, à l'instar de l'Union Latine, les pièces d'or de chaque pays circulaient librement, avec, partout, le même cours légal. Les monnaies divisionnaires circulaient tout aussi librement avec cours légal et, dès 1900, les banques des trois pays acceptaient également les billets de banque de chaque état membre à la parité. Dès 1905, on jugeait l'Union si complète que l'on cessa de coter les cours du change.

    Aussi longtemps que la la production de monnaie se trouva limitée par le niveau restreint des réserves d'or, l'Union fonctionna bien. Vers la fin, cependant, les besoins financiers de la Première Guerre Mondiale amenèrent de nombreux pays à gonfler leur monnaie et à brader leur or, alors même que la Scandinavie maintenait une parité fixe entre la Couronne et l'or. Les monnaies dépréciées servaient ensuite à acheter de l'or aux taux officiels (bas).

    L'Union Monétaire Scandinave s'effondra enfin quand la Suède refusa d'acheter de l'or à la parité. Le problème de la convertibilité joua un rôle essentiel dans cet effondrement. En outre, les monnaies divisionnaires des trois états membres avaient toujours cours dans l'Union, en sorte que le Danemark et la Norvège se mirent à expédier de grandes quantités de ces petites pièces vers la Suède, exactement comme les membres de l'Union Latine l'avaient fait vers celui des états membres qui avait la devise la plus forte à un moment donné. Finalement, en 1924, l'expédition de monnaies divisionnaires fut interdite, mettant effectivement un terme à l'Union.

    Retour Echecs


    4. Zone Monétaire de l'Afrique Orientale

    En 1922, l'Afrique Orientale Britannique (Kenya, Ouganda et Tanganyika, plus Zanzibar en 1936) adopta une monnaie commune, le Shilling d'Afrique Orientale. Après l'indépendance, l'Afrique Orientale continua de faire partie de la Zone Sterling, laquelle garantissait la convertibilité des devises locales en Livres Sterling. Les subsides britanniques, officiels ou officieux, aux nations nouvelles s'avérèrent suffisants pour annihiler leur souci de mettre en place des politiques monétaires indépendantes. En 1966, le Kenya, l'Ouganda et la Tanzanie (résultat de la fusion du Tanganyika et de Zanzibar) adoptèrent donc chacun son Shilling local, mais les trois monnaies continuèrent d'avoir cours légal dans toute la région, et toutes demeurèrent convertibles en Livres Sterling. La dévaluation de la Livre à la fin des années 1960 et au début des années 1970 aboutit au démantèlement de la Zone Sterling en 1972. Dégagées des contraintes imposées à leurs politiques monétaires nationales par la Zone Sterling, les trois nations de l'Afrique Orientale furent libres de mener des politiques monétaires de plus en plus indépendantes. La Zone Monétaire de l'Afrique Orientale prit fin en 1977, alors que chaque pays subissait un taux d'inflation différent et que les valeurs de leurs devises divergeaient.

    Retour Echecs


    - B - Unions monétaires qui ont survécu

    1.
    Zollverein (Union Douanière Allemande)
    2. Zone du Franc CFA
    3. Belgique / Luxembourg

    Unions monétaires qui ont échoué
    Retour au Menu


    1. Zollverein (Union Douanière Allemande)

    Malgré diverses tentatives d'unification politique, en 1815, la Fédération Allemande restait constituée de 39 états indépendants, dont chacun avait ses propres standards en matière de monnaie (or pour certains, argent pour d'autres), de poids et de mesures. Le Congrès de Vienne de 1815 supprima les restrictions à la mobilité de la main-d'oeuvre, mais la multiplicité des pièces de monnaie rendait le commerce tout à la fois difficile et coûteux.

    Le Zollverein (Union Douanière) fut constitué en 1834 dans le but de réduire les coûts des transactions entre états. En 1838, la plupart de ces derniers convinrent de deux standards de monnaie (le Thaler et le Gulden), laissant à chaque état la latitude de choisir l'un ou l'autre. En 1847, la banque centrale du Royaume de Prusse (qui représentait deux tiers de la population et du territoire allemands) se vit octroyer la responsabilité de banque centrale pour la plupart des états de la Fédération. La valeur du Thaler d'Allemagne du Nord (qui, incidemment, est à l'origine du nom Dollar) fut finalement fixée à un taux de 1,75 par rapport au Gulden d'Allemagne du Sud. Elle fut plus tard fixée également à un taux de 1,5 Florins Autrichiens, mais l'Autriche révoqua cet accord après la guerre austro-prussienne de 1866.

    La gestion de l'Union monétaire par la Prusse assura la cohésion de l'ensemble jusqu'à l'unification allemande, en 1871. La Reichsbank fut créée en 1875 et le Reichsmark devint la monnaie de l'Empire Allemand tout entier. En dépit de l'inflation catastrophique de 1923 et de l'effondrement du Reichsmark après la Seconde Guerre Mondiale, l'union monétaire survécut et fut supplantée par les institutions qui sont aujourd'hui devenues la Bundesbank. C'est ainsi qu'un vestige de cette Union survit à ce jour avec le Deutschmark. La stabilité de l'Union avant l'unification politique semble pouvoir être attribuée à deux facteurs : d'une par, la Prusse avait, tout à la fois, la taille, la puissance et la volonté pour faire en sorte que les états les plus petits respectent l'accord, et, d'autre part, la mise en oeuvre de standards métalliques fixes a retiré à la monnaie son caractère politique, en ôtant aux princes la possibilité d'altérer leur monnaie

    Retour Succès


    2. Zone du Franc CFA

    La CFA (Communauté Financière Africaine) comprend la plupart des anciennes colonies françaises d'Afrique Occidentale et Centrale, plus une ancienne colonie espagnole. La Zone CFA est une des unions monétaires modernes les plus réussies : elle rassemble, depuis plus de 30 ans, un grand nombre de nations des plus disparates sur les plans géographique, politique, ethnique et économique.

    La monnaie commune, le Franc CFA (qui, pendant de nombreuses années, valait 1/50ème de Franc Français, et a récemment été dévalué jusqu'à 1/100ème de Franc Français) circule dans toute la région et a survécu au départ de l'administration coloniale. Il y a deux banques centrales, responsables de la politique monétaire dans deux groupes différents de pays. Les nations membres de chaque banque centrale mettent leur réserves en commun dans le Trésor Français. Il y a peu de contrôles des changes lors de la conversion de Francs CFA en Francs Français, bien qu'il existe quelques contrôles du commerce et des capitaux. La convertibilité est garantie par un privilège de découvert accordé par le Trésor Français.

    En tant que partenaire dominant, la France possède une influence cruciale sur l'Union, exerçant toujours une autorité considérable sur les politiques et jouant un rôle important dans l'économie de chaque pays par le biais d'une assistance directe.

    Retour Succès


    3. Belgique / Luxembourg

    La Belgique et le Luxembourg conservent des monnaies séparées (le Franc Belge et le Franc Luxembourgeois), qui s'échangent à parité et ont cours légal dans les deux pays depuis 1921. La politique monétaire est effectivement sous le contrôle des autorités monétaires belges, bien qu'un organisme commun gère la réglementation des changes. Malgré certaines tensions en 1982 et 1993, l'union a survécu jusqu'à ce jour.

    Retour Succès


    Ces trois unions monétaires ont toutes survécu principalement grâce au fait qu'une seule et unique autorité monétaire assume la responsabilité, au moins de facto, de gérer la monnaie.

    D'autres unions monétaires réussies ont aussi existé, comme par exemple entre le Royaume-Uni et l'Irlande. Cette Union fut dissoute quand l'Irlande adhéra au Système Monétaire Européen (SME) en 1979 (le Royaume-Uni ne le rejoignit qu'en 1990, pour le quitter à nouveau en 1992).

    En fin de compte, le Système Monétaire Européen (SME), créé en 1979, ainsi que son prédécesseur, le système que l'on appelait “serpent monétaire européen”, créé en 1972, peuvent être considérés comme des étapes préliminaires à la création d'une monnaie européenne commune, même si ces systèmes ont dû tolérer des dévaluations périodiques pour tenir compte des divergences entre les politiques économiques et les taux d'inflation des pays membres.

    Retour Menu Général


    envoyer commentaites et suggestions au Webmaster
    © Martin Ricketts 1996